Je me suis dit : rions

[ repost du 21 mars 2020. Tant de choses depuis. ]


Je me demande au bout de combien de jours on rigolera moins. Combien de temps il faudra au virus pour frapper quelqu’un qu’on connaît. Jusqu’à présent, je me suis dit rions, partageons les conneries inventives et bien senties que les uns et les autres diffusent sur les réseaux. Faisons-le, pour dédramatiser, pour ne pas étouffer sous l’angoisse. Faisons-le, parce que c’est diablement utile, parce que ça révèle des pépites d’intelligence, de justesse, de finesse, si bienvenues au milieu de la bêtise et de la haine qui colorent habituellement les réseaux sociaux. Faisons-le parce que si ça fait sourire une seule personne angoissée alors c’est gagné. Et puis faisons-le tant qu’on en a envie, parce qu’un jour, quand on connaîtra quelqu’un qui a pris le chemin de l’hôpital, qui cherche son souffle, dont on ne sait pas s’il va vivre ou mourir, ou quand on devra consoler un ami, une collègue, un parent, un voisin, là, on ne rira plus, mais ça sera toujours ça de pris, une avance sur la tristesse. Quand il faudra faire le deuil d’un proche sans avoir pu aller l’enterrer, quand il faudra réconforter une tante, un cousin, un grand’père qui n’a pas pu voir une dernière fois l’être cher, eh bien alors les blagues et les jeux de mots nous paraîtront bien dérisoires au mieux, offensifs au pire. Quand? Chacun son “quand”. Pour certains, c’est déjà arrivé, pour d’autres, ça sera demain, pour d’autres encore, ça n’arrivera pas.

Pour moi c’est maintenant. J4 de confinement. Je suis là, assise par terre dans mon salon, je viens de faire un peu d’exercice physique pour ne pas exploser, et je checke mes messages ; et pour la première fois cette saleté prend un visage familier. Parmi mes amis, quelqu’un dans sa famille a perdu. Certes je ne connais pas en personne. Mais tu sais quoi? ben ça prend forme quand-même. Parce que je reçois ce message avec un “mon”, avec un “je”, avec un “il”, et avec dedans tout ce que je vous ai dit plus haut de l’impossibilité d’accompagner vers la dernière demeure, et du deuil si difficile qui s’annonce. Ça prend forme humaine, les gars. Restez chez vous.

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