Le barbu, les anneaux et les discours

Ses bras sont comme des montagnes qui s’enroulent autour de moi. Ça ne s’enroule pas une montagne me dis-tu, mais c’est ce que tu crois. Ou plutôt ce que tu ne crois pas. Moi rien ne m’étonne chez cet homme-là, depuis son tour de passe-passe d’il y a trois ans et des poussières, c’est parfois précieux la poussière; il y en a qu’on ne veut pas balayer, parce que chacun de ses grains nous rapproche d’une année supplémentaire et moi je veux toutes les terminer et les commencer au milieu de l’homme aux bras-montagne.

Le soir je pose ma tête au creux de son coude et ma tête s’enfonce dans la roche moelleuse et je deviens plus légère que le vent; les soucis, s’il y en a, s’envolent ou au contraire ils tombent au fond du puits et c’est pareil. Tu vas me dire ce n’est pas moelleux la roche, mais ça c’est ce que tu crois. Ou plutôt ce que tu ne crois pas. Tu ne crois pas assez de choses, tu sais. Mais je ne t’en veux pas, regarde moi je ne croyais pas que j’aurais envie de redire O-U-I devant une écharpe tricolore un jour. Moi je ne croyais pas que je laisserais quelqu’un franchir pour de bon la porte de cette petite cabane de briques que j’avais remontée pour les enfants et moi; je ne croyais pas que j’allais accepter une cinquième âme dans notre petit quatuor un peu rôdé. Moi je croyais : l’amour c’est pour les autres et je leur laisse et tant pis si j’ai passé mon tour.

Je ne savais pas que l’évidence était tapie là, quelque-part. Elle a surgi de façon inattendue.

« Evidence », « Inattendu », ça colle pas tout à fait normalement ; c’est dépareillé. Mais ça, c’est sa magie à lui. Et puis il paraît que ça nous va bien, le dépareillé. C’est nos témoins qui l’ont dit dans leurs jolis discours.

Comme tout le monde, nos bruits du quotidien sont faits des nouvelles de la journée, de la liste de courses pour le lendemain, d’un échange sur la prochaine destination vacances ou d’une énième explication des règles du jeu au ballon ovale (je comprends vite mais je ne retiens pas longtemps) ; nos bruits à nous ce sont aussi ces silences, présents quelques fois, qui nous faisaient un peu peur mais qu’on a apprivoisés. Au milieu de tout ça, je lui dis parfois “merci de m’avoir attendue”. Il me répond “merci d’être revenue”.

What else ?

Un commentaire sur “Le barbu, les anneaux et les discours

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  1. Mon dieu qu’il est magnifique ce texte…. j’en suis toute émue ! J’aurais adoré écrire quelque chose d’aussi beau pour Toon….

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