Cette nuit était dure comme de la pierre et je n’ai même pas vu la Lune. Le vent soufflait comme les énormes éventails qu’on agite quand il n’y a plus d’espoir. Le temps ne contenait même plus de couleurs et encore moins du vert. En tombant j’ai réussi à me raccrocher aux branches et ma robe trempait dans les flaques quelques mètres plus bas. Alors quelqu’un m’a dit “il te cherche”, j’ai demandé “qui”, la voix s’est tue. Au loin les animaux de mon enfance faisaient la fête autour d’un feu orange, mais des animaux de mon enfance il n’y en a pas eu beaucoup alors le feu était un peu triste. Les premiers êtres vivants que j’ai perdus pour cause de mort c’était deux poissons rouges et ensuite un grand père, dans cet ordre. Puis, tous les autres.

Je me suis penchée pour parler au petit homme en bas de l’arbre, il ne comprenait pas ma langue et a tourné les talons vers le sud. L’arbre m’a déposée en bas de lui-même et pour le remercier j’ai gravé son nom sur ma peau, parce qu’on fait toujours l’inverse et ça n’est pas très juste. Ensuite j’ai couru, couru si longtemps que la nuit suivante est tombée et toujours pas de Lune.

Qu’elle était dure, cette nuit au cours de laquelle je n’ai pas compris qui me cherchait ni comment le rejoindre. Et puis, fallait-il repenser aux morts dans l’ordre chronologique, ou alphabétique ?

Et puis le jour, le vrai, est venu me délivrer.

Photo © Petit-Jour Kelner

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