Digression

[ Ou la vis qui ne voulait pas se laisser conter ]

Je vous en ai parlé sur facebook pour blaguer mais ma tête est ainsi faite qu’elle prend tout au premier degré. Donc : comme promis, l’épisode insignifiant de la vis qui voulait pas se laisser visser.

Ma maison, certains le savent, est un chantier à elle toute seule. La définition de “Vitrine en cours”.

D’ailleurs, je me suis toujours demandé, “en cours de quoi?” Le commerçant ne devrait-il pas ajouter “de réalisation”? S’est-il rendu compte trop tard qu’il manquerait de place sur sa pancarte pour terminer sa phrase?

D’ailleurs, « Vitrine en cours de réalisation », est-ce une phrase, puisqu’il n’y a ni sujet ni verbe? C’est comme quand je vous demandais si une phrase qui commence par un infinitif en est réellement une : la justesse grammaticale me préoccupe beaucoup ces derniers temps. Jusqu’au prochain hobby sans doute, je suis très versatile ; mais au moins à la fin de ma vie je pourrai dire “j’ai touché à tout”. J’ajouterai probablement “mais toujours en surface”, parce que bien sûr on ne peut pas toucher à tout en profondeur : il faudrait y consacrer tout son temps, et alors qui ferait les courses et le ménage ?

Mais je m’égare. Ma maison, donc, ressemble à la vitrine du commerçant épuisé en fin de journée, qui prend la peine d’indiquer aux badauds que si sa vitrine est moche ou incompréhensible, c’est normal : il finira demain. Ma maison est moche et incompréhensible à certains endroits, et c’est bien normal ; et ça ne sera pas fini demain, parce que n’ai ni le portefeuille de Crésus ni le nez d’Elisabeth Montgomery.

Sauf qu’à force de vivre dans du moche, on le voit plus; pire, on s’habitue. C’est ce que me répond mon mec quand je lui reproche de ne pas avoir remarqué ma nouvelle coupe de cheveux.

D’ailleurs, j’ai jamais compris comment les gars font pour se foirer à tous les coups : “Dis donc chérie, t’aurais pas fait quelque chose à tes cheveux?” “Oui mon mignon, il y a trois semaines déjà, mais demain j’y retourne je crois”. (Le sujet mâle transpire, partagé entre la crainte de ne pas pouvoir suivre le rythme fou des transformations capillaires de sa belle et le soulagement parce que cette fois-ci elle le prévient). “Ah bon encore ?” “Oui, pour emprunter à ma coiffeuse son fer à friser et revenir te l’enfonc*****.”

Mais je m’égare. Je disais donc : ta maison est moche, tu t’es habituée, mais un jour, ça te saute aux yeux : t’as tous les éléments en ta possession pour faire du joli. Moi, le week-end dernier, j’avais:

  • un peignoir systématiquement en boule sur le sol de ma salle de bains
  • des patères dans l’atelier
  • des vis et des tournevis
  • une perceuse électrique

Autrement dit, tous les ingrédients pour faire du pratique et du joli étaient réunis. Qu’à cela ne tenait! (voyez, la grammaire, maintenant je m’en cogne). Le matos ajouté à ma motivation du tonnerre et mes biceps de folaïe, et hop j’allais torcher ça en ni une ni deux.

D’ailleurs, j’ai jamais compris, on dit “ni une ni deux” mais que se propose-t-on de décompter au juste dans cette expression? Ou bien s’agit-il de ne pas compter justement? Serait-on là face à l’exact négatif du fameux “Au temps pour moi”? On compte, on décompte, on ne compte plus…J’ai toujours préféré la littérature aux calculs scientifiques, vous savez.

Mais je m’égare. Ce fut donc ni une, ni deux, mais trois.

Heures.

Pour 4 vis. Autant vous dire que l’envie d’abandonner m’a effleurée plus d’une fois; et que j’ai eu l’occasion de connaître le nombre exact de gros mots stockés dans mon cerveau.

D’ailleurs, heureusement que les oreilles de ma benjamine ne traînaient pas par là, parce que la miss aurait tout bonnement pu constituer un dictionnaire des jurons maternels version 2020 qu’elle se serait fait un plaisir de revendre le lundi matin dans la cour de l’école, et, le tout venant aux oreilles d’une maîtresse très professionnelle-la-garce, j’aurais probablement fini avec un rapport social au cululu (alors que franchement, les transactions financières entre enfants de moins de onze ans sont-elles acceptables dans une enceinte scolaire niveau élémentaire, je vous le demande. On voit plus la paille dans l’œil du voisin que la poutre quand on balaie la peau de l’ours devant sa porte, si vous voulez mon avis).

Mais je m’égare. Je jurais donc, mais ce n’était pas de ma faute. Quand j’essaie de les percer, les murs de la maison, plâtre et brique, se comportent comme une couche de caramel craquant, mais qui se situerait au milieu de deux épaisseurs de crème brûlée. Autrement dit : mou – dur – mou. (Je vous vois sourire petits coquins). Et c’est un peu compliqué de doser son effort face à ce genre de combinaison : si tu n’y prends garde, tu perds le contrôle, et alors que tu voulais percer un trou de 5, tu te retrouves avec ouverture pour baie vitrée. Un peu comme quand, à 7 ou 8 ans, tu tires de toutes tes forces sur la poupée que tu estimes être tienne, pendant que par l’autre bout ta sœur tire pour la même raison avec la même ténacité : l’équilibre se fait, jusqu’à ce que l’une des deux cède brutalement et lâche l’affaire parce que c’est l’heure du goûter ; l’autre, sous l’effet de la tension relâchée, se voit alors violemment projetée au sol.

Bref. Après moult tentatives et autant de cratères à reboucher, j’y étais enfin, le trou était parfait, la cheville confortablement installée, attendant sa vis. Engluée dans une confiance en moi toute fraîche et quelque peu démesurée, je me dis que je pourrais aussi bien visser ladite vis à la visseuse électrique : ça irait un peu plus vite et me ferait re-gagner quelques secondes sur le temps perdu à tous ces essais.

Hahaha. Hihihi.

Mou-dur-mou, tout pareil.

Pièce à conviction ci-dessous. Au jeu de la poupée, la vis gagna violemment et se retrouva les fesses dans le vide.

Moralité : Je sais faire disparaître la quincaillerie un peu trop revêche dans un mur creux, messieurs dames. Alors me faites pas trop chier en cette fin d’année un peu pourrie : imaginez ce que je pourrais faire d’un cadavre. D’autant que le mois dernier c’était atelier béton chez Bricomachin.

3 commentaires sur “Digression

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  1. Je n’ai plus de place…

    Rappel de tout ce que tu as déjà enf****:

    – Ton tube de mastic+ le pistolet (quand j’ai foiré tes joints l’autre jour),
    – Un tupperware de lasagnes (ok, elles étaient trop salées),
    – Ces 2 animaux dont tu ne savais plus quoi faire, soit-disant adoptés par une autre famille (tu vois moi aussi je peux balancer),
    – Des tasseaux (on les avait mis là, yavait plus de place dans ta voiture),
    – Une clé de 12 (je sais plus trop pourquoi, ça fait longtemps),

    Je ne suis pas une tirelire.

    Bon je vais passer une irm pour faire le point sur l’inventaire, on verra après pour le fer à lisser (c’est grand comment ?)

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