
En décrochant le linge qui sèche sur la terrasse, elle se dit que ce sera peut-être la dernière tournée de l’année. Il faudra désormais l’étendre à l’intérieur pour le protéger de l’humidité de l’automne.
Elle empile machinalement sur les étagères les tshirts et les pulls soigneusement pliés. Ses gestes sont précis et automatiques, et c’est de façon tout aussi automatique, presque sans s’en rendre compte, qu’elle se dirige vers la penderie,en ouvre le battant gauche, avance sa main vers la rangée de cintres et décroche la robe jaune à fleurs.
“C’est décidé, je mettrai celle-ci. Cette robe qui n’est pas sortie de mon placard depuis tant d’années. Sûre qu’elle me va encore. J’ai bien fait de la garder. Il faudra peut-être reprendre un peu le col, mais la fermeture éclair glisse encore parfaitement du bas du dos jusqu’à la nuque.
Il y a bien cette tache sous le bras droit, mais qu’importe.
Lui qui détestait le jaune, que dirait-il en me voyant avec des couleurs si éclatantes? Qu’importe, aussi. Fini le temps où je me recroquevillais, docile, dans des survêtements noirs et informes. Il n’est plus là, je peux me déployer.”
Elle entend sur le toit le ruissellement de la pluie qui ne connaît pas de fin. Elle a donc rentré le linge juste à temps.
Il faudra bientôt rallumer la chaudière. Elle n’est pas certaine de savoir comment faire. Aller seule, désormais. C’est difficile autant que nécessaire. Et puis de toute façon, a-t-elle le choix?
« Mon cœur brûle, se dit-elle en reconnaissant la sensation désagréable remonter dans sa gorge. Mais ça ne sera pas en vain. Je vais me relever, et j’arriverai jusqu’au printemps. »
Très beau, bravo !